Les mesures du look

CAHIER TENTATIONS
Avril 2001
Les mesures du look
ÈVE DUMAS

Avec le shopping personnalisé, voici les prêtresses du look sur mesure

Adieu foules du jeudi soir, vendeurs sangsues, miroirs déformants et achats irréfléchis! L’heure est aux services ultra-personnalisés.

De plus en plus de gens pressés ont recours aux personal shoppers, ces nouvelles prêtresses du look sur mesure. «Je travaille dans un milieu où l’apparence importe beaucoup, explique Jean-François Corriveau, directeur principal du développement des affaires chez Groupe Télécom. Ça me simplifie la vie d’avoir quelqu’un qui magasine pour moi et en qui je peux avoir confiance.»

Vous l’avez peut-être appris à vos dépens, ce n’est pas une mince affaire que de se bâtir une garde-robe professionnelle. «Les gens s’imaginent que pour être crédible, il faut être classique, mais souvent les femmes d’affaires ont l’air de matrones. Il y a moyen d’ajouter un peu de piquant dans sa garde-robe, sans cesser d’avoir belle allure», affirme Nicole Valade, responsable du service de shopping personnalisé chez Ogilvy et conseillère en image professionnelle.

Aujourd’hui, plusieurs grand magasins jugent que c’est un service que l’on doit offrir aux clients. Le marketing y est pour beaucoup, mais la demande aussi. De petites compagnies privées, comme Les Effrontés de Marie-Claude Pelletier et À votre image, de Michèle Marin, arrivent également à bien vivre de ces services devenus quasi indispensables dans notre société où le paraître est presque devenu une science exacte.

Le stylisme personnalisé demeure néanmoins un secret bien gardé au Québec, et c’est peut-être parce qu’on le croit inaccessible. Le titre personal shopper est encore synonyme de vedettes ultra-glamour, de garde-robes extravagantes et de factures mirobolantes. Or il n’en est rien.

En moyenne, au Québec toujours, les services de stylisme personnalisé coûtent 50$ de l’heure et il est bien rare que les séances durent plus de trois heures au total. Les magasins qui offrent ce service le font gratuitement, mais il faut être prêt à faire (faire) tous ses achats à la même adresse. Une évidence, quoi!

La méfiance est un autre facteur qui nuit peut-être à la profession. «Habituellement, lorsque la rencontre initiale tire à sa fin, 95% de mes clients affichent un air très sceptique. Ils se disent: Hum, j’ai bien hâte de voir avec quoi elle va me revenir, elle». Soutient Marie-Claude Pelletier, des Effrontés, un service de stylisme pour homes. Elle affirme cependant que lors de la séance d’essayage, le même pourcentage de gens lui disent, d’un air incrédule, Mais comment t’as fait?.

Mais comment font-elles, justement? Au départ, elles fonctionnent toutes selon une méthode semblable. Mme Pelletier et Marin, toutes deux diplômées du collège La Salle, vous donneront un premier rendez-vous. Mais une demi-heure de papotage ne permet pas de cerner les goûts et dégoûts du client. Soyez rassuré, ces femmes ne sont pas plus voyantes extralucides que vous et moi, bien qu’elles soient un brin psychologues. Pour s’assurer de ne pas se tromper, elles disposent d’un questionnaire d’une grande précision. Des exemples? Quel est votre environnement de travail? Avez-vous des marques de vêtements préférés? À quels tissus ou fibres êtes-vous allergiques? Combien de sorties sociales non reliées à votre travail faites-vous par semaine, par mois, par année? Une fois vos besoins déterminés, elles mettent le cap sur les manufacturiers, les designers et les boutiques et vous reviennent quelques jours plus tard -à la maison, au bureau ou dans leur propre salon d’essayage- vous montrer le fruit de leurs recherches.

«Habituellement, je prends pas mal tout ce que Mme Marin m’apporte, affirme Agathe Plamondon présidente des Communicateurs du fauve, qui utilise les services de la relookeuse depuis deux ans. Je la vois à chaque début de saison (automne et printemps). Entre-temps, si elle trouve quelque chose d’extraordinaire pour moi, elle peut m’appeler, mais elle ne pousse jamais la vente. Je me sens toujours très libre avec elle.»

Une véritable relation de confiance et de complicité s’installe entre la personal shopper et ses clients. Après tout, elle vous connaît sous toutes vos coutures. «Je suis tellement dans l’intimité des gens, explique Mme Marin. Je connais toutes sortes de petits détails, leur morphologie, leurs imperfections,» Mais ne craignez rien, elles sont tenues au secret professionnel…

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