L’art d’habiller son homme !

Octobre 2000 no134
L’art d’habiller son homme !
GENEVIÈVE ANGERS

Le pire scénario pour un homme? Une journée de shopping ponctuée de quelques séances d’essayage. Souriez, on a la solution.

Si, comme je l’étais il n’y a pas si longtemps, vous êtes convaincue que les boys de l’an 2000 se débrouillent seuls côté fringues, sachez que rien n’est plus faux. La plupart ont une peur viscérale du magasinage. Source de cauchemars et même de palpitations cardiaques pour certains, le shopping est une corvée qu’ils relèguent avec soulagement à leur blonde ou… aux calendes grecques!

Pourtant, j’étais diablement déterminée à dénicher quelques hommes qui échappent à cette règle. Déception ! De tous les mecs questionnés, célibataires ou en couple, fashion victims ou non, aucun n’a pu témoigner du plus petit plaisir relié à l’achat de vêtements ou d’une totale indépendance en ce domaine. Le magazine Style : Canada’s Fashion News, une référence en mode, a publié en 1999 un sondage sur la question. On y lit notamment que 56% des hommes interviewés estiment avoir besoin d’aide quand vient le temps de choisir des vêtements.

On n’est pas sorties du bois, me direz-vous. Eh bien, tous les espoirs sont permis. Une nouvelle entreprise a compris notre désarroi et offre d’habiller nos escogriffes de la tête aux pieds. Quelle bonne idée!

L’avènement du casual dress dans le monde du travail a ouvert tout un univers d’options vestimentaires aux hommes. Cette tendance, initiée par des entreprises de Silicon Valley il y a quelques années, prône un look plus décontracté mais non relâché. Le complet-cravate n’est plus la norme absolue. Résultat : ceux qui n’ont plus la moindre idée du style à adopter dans leur milieu professionnel, font légion. Entre le costume gris et le jean du week-end, il y a un monde…

Du point de vue masculin, les questions de «guenilles» ne pèsent pas lourd dans l’ensemble des préoccupations. Il s’agit plutôt d’un mal nécessaire. Il est d’ailleurs assez cocasse de constater à quel point ils ont tendance à retourner à la même boutique et à choisir des vêtements assez semblables, à peu de chose près. Nombreux sont ceux qui achètent «le mannequin», c’est-à-dire l’ensemble coordonné en vitrine. Bref, ils font tout pour accomplir cette corvée en un temps record. L’impatience mâle à son apogée. Une étude effectuée en 1997 par la maison de sondage Angus Reid a révélé que 53% des hommes ne toléraient pas d’attendre plus de cinq minutes dans les magasins avant d’être servis.

Patrice Labonté, jeune entrepreneur en multimédia, résume bien cet état d’esprit. «Tout doit être stratégique : j’entre, j’achète, je sors… Jamais de flânerie, car tout m’énerve : l’attitude des vendeurs, l’ambiance, la musique. J’essaie d’éviter les essayages sur place. Et si je déroge de mon look habituel, je demande à une amie de m’accompagner. »

Certains mecs sont toutefois plus débrouillards. André Dufour est un habitué de la boutique D.U.B.U.C. Mode de vie. Jeune avocat, il a établi un tel lien de confiance avec le personnel de la maison qu’une styliste vient désormais chez lui pour lui présenter des vêtements déjà agencés!

Une entrepreneure culottée

Marie-Claude Pelletier, diplômée en design de mode masculine, a eu du flair lorsqu’elle a fondé Les Effrontés en 1999, un service de magasinage pour hommes seulement. «Les femmes sont bien trop compliquées…» dit-elle d’un air taquin. Ce type d’entreprise a déjà fait ses preuves en Europe et chez les Américains. Mais au Québec, c’est la première du genre. Depuis sa création, près d’une centaine de messieurs d’âges et de milieux différents -ouverts au changement- se sont fait habiller de la tête aux pieds par notre jeune effrontée. Mais après avoir profité du même service de magasinage, ne risquent-ils pas de tous se ressembler? «Surtout pas! » affirme la jeune femme, qui verrait là un grave manque de discernement de sa part. «C’est justement l’art de ce travail ! Je tente de mettre en relief la personnalité de chacun, pas la mienne…»

Samina, jeune maman et mannequin de surcroît, partage sa vie avec un modèle rare : le mâle vestimentairement autonome! «Pour Rodolphe, le problème se résumait à un manque de temps, et on a trouvé ce service extraordinaire.» Créateur d’une compagnie de jeux en pleine expansion, il visait un look plus business que celui de jeune artiste branché.

Les clients avouent souvent être coincés par le temps. Que ce soit pour une entrevue, une promotion ou un voyage d’affaires, les délais sont souvent pour avant-hier! Julie, avocate, a pris l’initiative de contacter elle-même Les Effrontés. «Mon copain, qui est réalisateur, a été invité au gala des prix Gémeaux à 24 heures d’avis. Panique totale ! Et moi, je n’avais pas une minute pour l’aider.» Que pense-t-elle du résultat ? «C’est excellent pour le couple !» s’exclame-t-elle en rigolant. Et le copain d’ajouter, sous le couvert de l’anonymat (c’est qu’on a sa fierté), qu’il est prêt à récidiver dès qu’une nouvelle occasion de faire le beau se présentera…

On a fureté en coulisses

« Lors de la première rencontre avec le client, la discussion de tourne pas seulement autour des vêtements.» Mis à part l’information requise sur l’occasion comme telle et sur le milieu dictant le style recherché, Marie-Claude Pelletier s’intéresse davantage aux intérêts et à la personnalité de l’homme qui s’adresse à elle. Mine de rien, elle observe son langage corporel, sa façon de se tenir. «Nous parlons souvent de voyage, de cinéma, de sport, plus particulièrement de formule 1.» Au terme d’une telle rencontre, plusieurs affichent un air vaguement sceptique.

Marie-Claude sélectionne ensuite des vêtements en fonction du budget soumis, et ce n’est qu’au moment de l’essayage que le client fait son choix. Elle lui présente des teintes qui s’agencent bien -un soulagement pour plusieurs-, lui donne des trucs et lui fait découvrir différents tissus. «Les hommes sont rarement portés à les palper, contrairement aux femmes, qui s’en font un plaisir .»

Et les blondes ou les conjointes se sentent-elles lésées de ne plus être l’unique conseillère de leur homme? Au contraire, plusieurs ont affirmé que l’expérience a été très positive. «Mon copain se sent mieux dans sa peau, et moi ça m’a permis de le voir différemment», témoigne Dominique, biologiste. Elle avait une vision plus conservatrice de Marco, chimiste, qui venait tout juste d’obtenir un nouvel emploi et qui avait vraiment besoin de conseils.

Nancy, designer en présentation visuelle, a découvert ce service par l’entremise de sa soeur, il y a environ un an. En juillet dernier, Nancy et André se sont mariés. Et qui, selon vous, a orchestré le look de l’élu? Une bien charmante effrontée, pour le plus grand bonheur de la mariée ! «Les femmes le sentent : je ne suis pas menaçante.» Complice plutôt que rivale, Marie-Claude arrive à donner un nouvel aplomb à ses protégés, qu’ils aient 20 ou 60 ans, qu’ils soient top shape ou un peu bedonnants. «Il est fréquent que je reçoive un appel de leurs conjointes… pour me féliciter!»

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