La beauté, c’est payant en recrutement!

Le jeudi 01 nov 2007
La beauté, c’est payant en recrutement!

Silvia Galipeau

Une secrétaire qu’on embauche pour son joli profil. Une employée de casino qu’on renvoie pour son manque de mascara. Qu’on le veuille ou non, le look joue à plein dans le monde du travail.

C’était il y a cinq ans. Une chaîne de supermarchés espagnole cherche de nouvelles caissières. Des centaines de candidates se présentent. Des mois plus tard, dans la poubelle d’une ruelle de Madrid, quelqu’un tombe sur les formulaires de demande d’emploi. La plupart sont annotés: gros et basané; gitane et laide; Cubaine à moustache; grassouillette et boutonneuse. L’affaire, rapportée à l’époque par le quotidien El Pais, a fait scandale.

Pourtant, tous les experts interrogés s’entendent: jamais une mocheté boutonnée ne décrochera un poste de vendeuse de produits de beauté. Discrimination? «Oui, un petit peu, mais tout le monde le sait, commente Benoît Charlebois, président de B.C. Ressources humaines, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres. L’apparence, c’est crucial. L’expression “l’habit ne fait pas le moine” n’a aucun sens en recrutement. L’habit FAIT le moine.»

Et toutes les enquêtes le prouvent: «Une belle femme a 8,7% plus de chances d’être embauchée», indique Christine Forget, chargée de cours au département de management, à l’Université Laval. La chercheuse a mené une enquête, il y a quelques années, sur l’impact de la beauté physique sur l’embauche et le salaire. Les résultats sont sans équivoque. «C’est sûr que d’être bien habillé, bien paraître, cela fait toute la différence.»

«On ne doit pas juger un livre à sa couverture, mais malheureusement, les 15 premières secondes de l’entrevue sont déterminantes. Il est très important de communiquer une première impression favorable», enchaîne Claude Bressani, coach de carrière, dans le milieu depuis 30 ans. Souvent, dit-elle, ce n’est pas tant ce qu’on porte qui va jouer, que ce qu’on ne porte pas. Le manque. «Le vêtement peut parler si la chemise sort du pantalon, le vernis à ongles est écaillé. Cela peut être un signe de négligence. C’est ce manque qui devient l’indicateur.»

Sceptique? Imaginez que vous allez à la pharmacie, et que la personne qui vous conseille est toute boutonneuse. Que votre banquier se présente en gougounes, ou que votre styliste est mal habillée. «Vous allez possiblement douter de ses compétences, dit Marie-Claude Pelletier, présidente des Effrontés. On s’attend à une certaine image, selon les corps de métier.»

Choquant? «C’est vrai que regardé froidement, cela peut sembler dérangeant, poursuit-elle. Mais si on voit ça comme ça, c’est parce qu’on fait une différence entre l’être et le paraître. Nous, ce qu’on dit, c’est que c’est indissociable. On est les deux. L’image, c’est qui nous sommes, c’est notre vitrine. Comme un magasin. Soigner son image, c’est dire: voilà, je m’ouvre aux autres.»

La dictature du beau

  • En entrevue, les recruteurs accordent une importance primordiale à la première impression: 65% de celle-ci passe par le visuel.
  • Le visuel est influencé comme suit: à 55% par le visage, 38% par la voix, 7% par les paroles.
  • Le vêtement est déterminant: présentez-vous mal habillé, sans respecter les codes de base, (en complet avec des chaussettes blanches…) et votre candidature sera rejetée illico.
  • Le salaire croît avec la beauté: les avocats américains les plus séduisants sont aussi les mieux payés.
  • D’après une enquête publiée dans le American Economic Review, les hommes très laids gagnent 9% de moins que la moyenne, et les très beaux, 5% de plus.

Source: Jean-François Amadieu, Le poids des apparences, Odile Jacob, 2002.

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